Histoire
L'histoire commence en 1897, quand Léon Sergent achète "Le rocher, dit l'Île d'Or" au cours d'une vente aux enchères. Architecte, il est l'auteur de nombreuses villas dans la région et il emmène régulièrement famille et amis pique-niquer et passer la nuit à la belle étoile sur l'Île d'Or.

Carte postale édition Helmlinger – collection Ph. Pons

Juillet 1909 - La tour à mi-hauteur, photographiée par le Dr Lutaud. - Document JP Herreyres

Carte postale édition Helmlinger – collection Ph. Pons


Banquet d'inauguration de la tour - 1910 Document JP Herreyres

Pièce de monnaie de l'île d'or (Collection Philippe Pons)




Travaux de la tour en 2000.

ÃŽle d'Or

Travaux de la tour en 2000.
Dr Lutaud - L'île et sa tour
(1905-1925)
Naissance d'une tour de légende
Le docteur Auguste Lutaud découvrit la Côte d'Azur grâce au musicien Vincent d'Indy.
En 1888, il achète une maison à Valescure et croise souvent Léon Sergent dans la bonne société raphaëloise.
Selon la famille Lutaud, c'est au cours d'une partie de whist que Léon Sergent ayant perdu une somme assez importante, proposa de rembourser en lui vendant l'île, sachant son ami séduit par l'endroit.
Le Dr Lutaud, âgé de 62 ans, décide de faire construire une tour sur l'île. Les travaux commencent en mai 1909 après avoir fait sauter une partie de la roche de l'île à la dynamite pour que la tour en soit composée, s'intégrant ainsi harmonieusement dans le paysage. Haute de 18 mètres et large de 8 mètres, c'est une tour "sarrasine" c'est-à-dire carrée et surmontée d'un chemin de ronde crénelé.
Pour surveiller les travaux, le Dr Lutaud fait construire une villa donnant sur le Port du Poussaï et qu'il appelle "L'Île d'Or".
Inauguration par le roi Auguste 1er et fêtes somptueuses
Une grande fête est organisée le 19 septembre 1910 pour l'inauguration et le Dr Lutaud se fait sacrer Auguste 1er, roi de l'Île d'Or avec pour devise "Le Salut est dans la Sincérité". Il émet des timbres, fait frapper monnaie, et une grande plaque figurant ses armoiries orne un rocher de l'île, face au Dramont. On y reconnaît l'île et sa tour, une langouste, une sorte de caducée avec un trident et un croissant avec une étoile (sans doute pour rappeler l'origine des tours sarrasines).
Dès lors, quand il est présent sur l'île, un immense drapeau orné d'un croissant et d'une étoile est hissé au sommet de la tour.
De nombreux articles relatent l'événement dans la presse comme le Daily Mail du 25 septembre 1910 intitulé "King of the Isle of Gold". À l'époque il s'agissait du quotidien le plus vendu au monde.
La dernière réception sur l'île est donnée à l'occasion de la visite du frère du Dr Lutaud, Gouverneur de l'Algérie.
À ces occasions, quelques invités se rendent sur l'île pour y admirer la vue et prendre un verre mais les repas ont lieu à terre, au Dramont. La tour est donc conçue comme un décor et non comme une habitation.
La Grande Guerre met fin à ces festivités et le Dr Lutaud meurt en 1925, sans avoir abdiqué. L'urne contenant ses cendres repose dans un rocher de l'île, derrière une plaque, à l'ombre de la tour.
Les années d'abandon
(1925-1962)
La tour est pillée pendant la Deuxième Guerre mondiale et le blason du roi Auguste sert de cible aux Allemands qui s'entraînent à tirer dessus depuis une batterie située sur la côte.
La plage du Dramont est l'un des sites choisis par les Alliés pour le débarquement en Provence : c'est l'opération "Anvil-Dragoon".
Le 14 août 1944, les bombardements américains intensifs pilonnent les positions allemandes et le lendemain, sous le commandement de l'amiral Hewitt et du contre-amiral Lemonnier, la "Naval Western Task Force" prend position au large du Dramont.
250 000 hommes prennent pied sur la plage du Dramont. L'Île d'Or n'est qu'à 400 mètres de là. Un obus est d'ailleurs entré dans la tour par une fenêtre mais par miracle il n'a pas explosé !
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Un an plus tard, un monument aux morts est inauguré et la cérémonie est présidée par le Général de Lattre de Tassigny et M Diethem, alors ministre de la Guerre. Un feu d'artifice clôturant cette commémoration se termine mal puisqu'une fusée retombe accidentellement dans la tour et y met le feu, détruisant tout l'intérieur à l'exception de l'escalier.
Le Commandant Bureau
(depuis 1962)
La renaissance de la tour
Léon Lutaud, fils d'Auguste, vend l'Île d'Or à François Bureau en 1962.
Le Dr Lutaud a voulu cette tour comme décor de fêtes inoubliables; François Bureau veut y vivre ou du moins y passer ses étés en famille. C'est un rêve qu'il va réaliser à force de ténacité, avec le soutien actif de son épouse.
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En un an de travaux, François Bureau fait consolider les façades et les créneaux puis refait entièrement les étages et crée de nouvelles citernes. Il aménage des accès et des chemins et plante un magnifique jardin méditerranéen avec des tonnes de terre apportées de la côte.
En y consacrant une grande partie de son temps et ses moyens, François Bureau modernise l'endroit, notamment en électrifiant la tour alimentée par un groupe électrogène le soir.
L'intérieur est aménagé simplement et un vitrail créé par Jacques Robinet, architecte toulonnais ami de la famille, orne une fenêtre du 1er étage.
François Bureau rêve de son île en hiver et il y passe tous ses étés en famille depuis 1963 jusqu'à sa mort, le 16 août 1994, au cours de son tour de l'île quotidien à la nage. Il avait participé la veille aux cérémonies de commémoration du débarquement en Provence.
Conservation et modernisation
Une tour aussi exposée aux assauts du vent et de la mer se dégrade rapidement. La famille Bureau continue de conserver la tour. En 2000, des travaux importants permettent de reprendre l'étanchéité des façades et de refaire la couronne de créneaux.
L'installation de l'électricité solaire en 2012 donne enfin au site son autonomie énergétique. Une énergie propre et silencieuse qui illumine sa haute silhouette pendant les mois d'été.
Pour préserver le calme et l'endroit, les visiteurs qui abordent l'île peuvent en faire le tour en demeurant dans sa partie basse et sont accueillis avec courtoisie pourvu qu'ils respectent le site et la quiétude des habitants.
