L'Île d'Or, joyau secret de l'Estérel : histoire d'une île hors du commun
- 28 avr.
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Entre Saint-Raphaël et Cannes, à quelques encablures du Cap Dramont, une silhouette se découpe sur la Méditerranée : un îlot de rhyolite rouge surmonté d'une tour crénelée, l'Île d'Or. Certains la connaissent grâce à Tintin — Hergé s'en serait inspiré pour L'Île Noire. D'autres la reconnaissent sans savoir la nommer, cette tour qui veille depuis plus d'un siècle sur la côte de l'Estérel. Voici son histoire — la nôtre.
Auguste 1er, roi autoproclamé et bâtisseur de légende
L'île n'entre dans l'histoire qu'à la fin du XIXe siècle, lorsque l'architecte raphaëlois Léon Sergent l'acquiert aux enchères. Quelques années plus tard, il la cède à son ami le docteur Auguste Lutaud — médecin parisien, épicurien et homme de la Belle Époque — dans des circonstances que la tradition familiale a retenues : une partie de whist perdue, et une île proposée en guise de remboursement.
Auguste Lutaud avait 62 ans. Il aurait pu se contenter du rocher mais il décide d'y construire une tour. Haute de 18 mètres, bâtie dans la roche de l'île elle-même et surmontée de créneaux, elle est de style sarrasin. Et le 19 septembre 1910, il l'inaugure en grand — en se faisant sacrer Auguste 1er, roi de l'Île d'Or, devise « Le Salut est dans la Sincérité », timbres, monnaie frappée et armoiries royales inclus. Lutaud choisit une petite fille du Dramont, Amélie BORGINI, qu'il nomme « marraine de l’île d’Or » et à laquelle il remet une couronne et un sceptre.

Les fêtes se succèdent, brillantes, mondaines, jusqu'à ce que la Grande Guerre y mette fin. Auguste 1er meurt en 1925, sans avoir abdiqué. Son urne repose dans un rocher de l'île, à l'ombre de sa tour. Il ne l'a jamais quittée...
L'île dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale
Après la mort du docteur Lutaud, l'île entre dans une longue période d'abandon. Les Allemands, installés en batterie sur la côte, s'entraînent au tir sur le blason royal et la tour est pillée.

Puis vient août 1944. La plage du Dramont, à 400 mètres de l'île, est l'un des sites choisis pour le débarquement de Provence — l'opération Anvil-Dragoon. 250 000 hommes y prennent pied. Un obus entre dans la tour par une fenêtre et, par miracle, n'explose pas.
Un an plus tard, lors des cérémonies commémoratives, une fusée de feu d'artifice tombe accidentellement dans la tour et y met le feu. Tout l'intérieur brûle, sauf l'escalier. L'île se tait alors pour dix-sept ans.
François Bureau et la renaissance familiale depuis 1962
C'est lors d'un séjour dans le Sud que François Bureau aperçoit l'île pour la première fois — et ne l'oublie plus. Capitaine de frégate pendant la guerre, PDG de la Compagnie de navigation Denis-Frères, c'est un homme de mer.
Il prend sa plume et pendant plusieurs mois, il écrit à Léon Lutaud, le fils d'Auguste 1er, lui partageant son amour de la mer, sa vision pour l'île : en faire un lieu de vie familial, préservé, habité avec soin. Ce sont ces lettres — autant que l'homme derrière elles — qui finissent par convaincre Léon Lutaud. En 1962, il lui vend l'Île d'Or.

En un an de travaux, François Bureau consolide les façades, refait les étages, plante un jardin méditerranéen avec des tonnes de terre apportées de la côte. Il électrifie la tour et installe de nouvelles citernes alimentées par la récupération des eaux de pluie sur le toit — un système qui fonctionne encore aujourd'hui, et qui fait vivre l'île tout l'été. Un vitrail de l'architecte toulonnais Jacques Robinet, ami de la famille, illumine une fenêtre du premier étage.
François Bureau réalise son rêve. Il passe tous ses étés sur l'île de 1963 jusqu'à sa mort, le 16 août 1994 — au cours de son tour quotidien à la nage, le lendemain des commémorations du cinquantième anniversaire du débarquement de Provence, auxquelles il avait participé.
L'île aujourd'hui : préservation et transmission
Notre famille, la famille Bureau, a hérité d'une île et d'une promesse — celle que notre père ou notre grand-père François avait faite à Léon Lutaud dans ses lettres : en prendre soin et la garder vivante.
Quand la tour est occupée, le pavillon Denis-Frères flotte près des créneaux, comme au premier jour — un clin d'œil à l'homme qui a tout rendu possible. L'île reste autonome en eau comme en énergie, grâce aux citernes et aux panneaux solaires installés en 2012. Les travaux de conservation continuent : les façades, la couronne de créneaux, l'étanchéité — une tour face à la mer ne tient que si on l'entretient sans relâche.
L'histoire nous relie aussi encore à ceux qui nous ont précédés. En 2025, nous avons eu la joie d'accueillir sur l'île des descendants de la famille Lutaud, pour célébrer ensemble le centenaire du décès d'Auguste 1er. Un moment rare et chargé en émotion !

L'Île d'Or reste une île privée, mais elle n'est pas fermée au monde. Les visiteurs qui l'abordent à la nage ou en bateau peuvent en faire le tour dans sa partie basse, pourvu qu'ils respectent le site et sa tranquillité. Pour les projets plus singuliers — tournages, shootings, événements d'exception — n'hésitez pas à nous contacter via le formulaire de ce site...




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