L'Île d'Or et Tintin : mythe ou réalité ?
- 29 avr.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 mai
Une tour crénelée sur un rocher rouge au large de Saint-Raphaël. Une île privée, inaccessible, mystérieuse. Il n'en fallait pas plus pour que la légende s'emballe — et que certains y voient la source d'inspiration d'Hergé pour L'Île Noire, septième album des aventures de Tintin. Depuis des décennies, la question revient, inlassablement. Nous, la famille Bureau, l'entendons souvent depuis notre tour et certains visiteurs nous interrogent à ce sujet. Voici ce qu'on peut en dire honnêtement.

La théorie qui circule depuis des décennies
L'album L'Île Noire paraît en 1937-1938. On y voit Tintin débarquer sur un îlot escarpé, surmonté du château de Ben More et de sa tour — repaire de faux-monnayeurs gardé par un gorille. Selon certains experts, Hergé aurait découvert l'Île d'Or dans les années 1930 via une photo, et cette tour ocre perchée sur son rocher ressemblerait étrangement à celle dessinée dans l'album. Le site officiel tintin.com lui-même mentionne la théorie : « d'autres n'hésitent pas à situer [l'île] en Méditerranée, sur la Côte d'Azur du côté de Saint-Raphaël ».
Un détail supplémentaire alimente la théorie : à côté de la tour de l'Île d'Or, un rocher ressemble selon certains à un gorille de profil — évoquant Ranko, le primate dessiné par Hergé. Troublant, n'est-ce pas ?
Les arguments pour… et contre
Pour : la ressemblance visuelle est réelle. Une tour sarrasine carrée, un îlot isolé, une atmosphère de mystère. L'historien raphaëlois René Zucco, qui s'est attelé à comparer les deux îles en montage photographique, juge lui-même qu'« on ne peut pas nier qu'il y a une similitude notable ». France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur
Contre : les preuves manquent cruellement. La majorité des tintinologues réfutent l'idée qu'Hergé ait voyagé sur la Côte d'Azur avant-guerre, et les biographes ne mentionnent avant 1938 que deux courts séjours à Paris. Plus gênant encore : la documentation iconographique d'Hergé, riche de plus de 20 000 feuillets, ne contient pas un seul document pouvant se rapporter, de près ou de loin, au château de L'Île Noire tel qu'il l'a dessiné. Et la Bretagne comme l'Écosse revendiquent elles aussi leurs propres candidates...
René Zucco le concède lui-même avec le sourire : « je suis conscient que c'est une légende urbaine ». Une belle légende urbaine, certes — mais une légende.

Ce que l'histoire réelle a de romanesque
Hergé s'est peut-être inspiré de notre île, peut-être pas. Ce qui est certain, c'est que l'Île d'Or n'a pas eu besoin de Tintin pour attirer les regards et les objectifs.
Le cinéma l'a découverte bien avant le grand public. En 1965, Gérard Oury tourne Le Corniaud avec Bourvil et Louis de Funès : on reconnaît clairement la plage du Débarquement, au pied du Cap Dramont, face à notre île — c'est là qu'Ursula va se baigner. Quatre ans plus tard, c'est Henri Verneuil qui choisit nos côtes pour Le Clan des Siciliens, avec Alain Delon, Jean Gabin et Lino Ventura : Anthéor, Agay, la Corniche d'Or, et l'Île d'Or elle-même figurent dans le film. Plus récemment, Woody Allen a tourné des séquences de Magic in the moonlight dans le massif de l'Estérel, avec Emma Stone et Colin Firth.
Des cinéastes qui n'avaient pourtant nul besoin de légende pour trouver leurs décors : l'Estérel et son île se suffisaient à eux-mêmes.
Pourquoi ce mythe contribue à l'aura du lieu
À vrai dire, nous ne cherchons pas à trancher. Qu'Hergé se soit ou non inspiré de notre île, la question elle-même dit quelque chose d'important : l'Île d'Or a cette qualité rare de faire travailler l'imagination.
Un roi autoproclamé qui frappe des médailles et des timbres. Un obus qui traverse la tour sans exploser. Un officier de marine qui redonne vie à cette tour en y consacrant toute son énergie et ses moyens. Des générations d'artistes, de peintres et de cinéastes qui reviennent...
Ce n'est pas la tour qui est mystérieuse — c'est ce que les gens projettent sur elle depuis un siècle.
Mythe ou réalité ? Les deux, peut-être. Et c'est très bien ainsi.




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